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Sandrine LOPEZ
SKINLESSNESS
I - L’APPEL QUI VIENT D’UN TROU
À peine à bord, mes yeux ont déjà scanné l’intérieur du tram, et mon voyant s’est allumé à la vue d’une tête. De là où je me trouve, je n’en ai vu que l’arrière, mais je sais déjà. Le corps est celui d’un très jeune garçon, le visage est masqué. J’aperçois les lanières qui se referment sur l’arrondi du crâne couvert d’îlots sombres et parsemés. Aimantée, je repère aussitôt le siège libre devant lui. Je m’assieds en face. Je ne distingue pas clairement les traits du visage sous le masque translucide qui laisse cependant deviner le drame qui gît en dessous. Je perçois la violence des marques, la peau ravagée. Mais ce qui m’absorbe par-dessus tout, c’est cette face trouée qui vient chercher loin, très loin, une angoisse viscérale toujours prête à faire surface. Émerge aussitôt cet impérieux désir de capture. Je veux fixer cette image, voir davantage.
Visite à Claude Louis COMBET
Dans le long périple qui me mène d’une ville à l’autre à la rencontre des amoureux de Rustin, je suis allée en France la semaine passée pour filmer une lecture de textes par leur auteur, un écrivain qui a su comme rarement évoquer la beauté des êtres sortis de l’imaginaire du peintre. Ce qui devait être une simple lecture s’est transformé en une sorte de leçon d’amour.
Demain c’était Dimanche
Le cœur de ce travail, c’est le portrait d’un homme, Dominique, âgé de 64 ans à l’époque. C’est en répondant à une annonce pour un emploi saisonnier que je me suis retrouvée, au mois d’août 2007, dans une villa du Cap-Ferret. Ayant répondu à l’aveugle, et n’ayant rencontré que très brièvement sa mère, je n’avais aucune idée précise de qui était Dominique : sur le papier, le travail consiste à « l’occuper », l’emmener se baigner et jouer aux cartes. J’accepte sans rien savoir de plus précis et m’engage à passer un mois dans la famille…
Par Ouï-dire - La Première, RTBF -
On va dire les mots glauque, particulier, bizarre, étrange et en même temps différent, parce qu’il y a une esthétique qui est chaleureuse. Donc on a cette opposition entre le sujet qui paraît bizarre, qui peut mettre mal à l’aise, et en même temps une chaleur qui émane des photographies….
Moshé - ENTRETIEN avec Pierre LIEBART
Avant de venir à Bruxelles, je rêvais de faire une image d’un vieux, très vieux, nu sur son lit.
Quelques mois après mon arrivée, je descendais une rue près de chez moi et je l’ai croisé. Il portait un grand manteau noir, une barbe blanche, un chapeau. J’avais des paquets dans les mains, et tous les prétextes pour ne jamais l’aborder. À cet instant, soit tu fais demi-tour et tu risques le “non”, soit tu le laisses disparaître. Je l’ai interpelé et me souviens lui avoir dit qu’il était très beau. Il était flatté, et je lui ai demandé de faire son portrait, ce qu’il a accepté.